Je veux dormir du sommeil des pommes – Lorca

Le célèbre poète espagnol Federico Garcia Lorca déclamant son ultime poème, juste avant son exécution par un peloton d’exécution fasciste durant la guerre civile d’Espagne en Août 1936, Par un pelotond’exécution fasciste (Tarik Zadi).

C’est quoi l’homme sans liberté
O ! Mariana dis moi
Dis-moi comment puis-je t’aimer
Si je ne suis pas libre, dis-moi
Comment t’offrir mon cœur
S’il n’est pas à moi,

Photo théâtrale

 

Gazelle de la sombre mort

(1934)

 

Je veux dormir du sommeil des pommes,
et m’éloigner du tumulte des cimetières.
Je veux dormir le sommeil de cet enfant
qui voulait s’arracher le coeur en plein mer.

Je ne veux pas que l’on me répète
que les morts ne perdent pas de sang ;
que la bouche demande encore de l’eau.

Je ne veux rien savoir des martyres que donnent l’herbe,
ni de la lune avec sa bouche de serpent,
qui travaille que l’aube naisse.

Je veux dormir un instant,
un instant, une minute, un siècle ;
mais que tous sachent bien que je ne suis pas mort;
qu’il y a sur mes lèvres une étable d’or ;
que je suis le petit ami du vent d’ouest ;
que je suis l’ombre immense de mes larmes.

Couvre-moi d’un voile dans l’aurore
car elle me lancera des poignées de fourmis,
et mouille d’une eau dure mes souliers
afin que glisse la pince de son scorpion.

Car je veux dormir du sommeil des pommes
pour apprendre un sanglot qui de la terre me nettoie
car je veux vivre avec cet enfant obscur
qui voulait s’arracher le coeur en pleine mer. »

Federico Garcia Lorca

(Anthologie bilingue de la poésie espagnole, La Pléade – traduction de Nadine Ny)

 

 

Gazela VIII – Da morte escura

Quero dormir o sono das maçãs,
afastar-me do tumultuar dos cemitérios.
Quero dormir o sono do menino
que queria cortar o coração no alto mar.

Não quero que me repitam
que os mortos não perdem o sangue;
que a boca podre continua a pedir água.

Não quero conhecer os martírios que a erva dá,
nem a lua com boca de serpente
que trabalha antes do amanhecer.

Quero dormir um pouco,
um pouco, um minuto, um século;
mas todos saibam que não morri ainda;

que há um estábulo de ouro nos meus lábios;
que sou o pequeno amigo vento do Oeste;
que sou a imensa sombra de minhas lágrimas.

De madrugada, cobre-me com um véu,
porque me lançará punhados de formigas,
e molha com água dura meus sapatos
para que resvale a pinça de seu lacrau.

porque quero dormir o sono das maçãs
para aprender um pranto que me limpe de terra;
porque quero viver com o menino escuro
que queria cortar o coração no alto mar.

Federico GARCIA LORCA (1898-1936)

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